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Corentin Charbonnier : le commissaire de l'expo "Tout n'est pas sombre" répond aux questions de Noire

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    Noire Lemag
  • il y a 3 heures
  • 9 min de lecture

NOIRE: Bonjour Corentin, peux-tu te présenter en quelques mots ?


CORENTIN CHARBONNIER:

Bonjour, Et bien Corentin Charbonnier, Docteur en anthropologie depuis 2015, mais récemment qualifié en sciences de gestion et du management, j’enseigne et je fais de la recherche (Hellfest Lab, MSC, Motocultor). Et en parallèle, dans la scène metal, qui est centrale à toutes mes activités, photographe et co-commissaire de l’expo Metal – Diabolus In Musica à la Philharmonie de Paris en 2024. Et la on remet le couvert avec la dream team (Førtifem/Milan Garcin/Christian Lamet) à Rochefort en 2026 avec Tout n’est pas sombre, une expo qui va aborder le rapport à la nature et à la mort dans la scène metal.


"J'ai plus ou moins consacré ma vie pro et perso au metal" (Corentin Charbonnier)
"J'ai plus ou moins consacré ma vie pro et perso au metal" (Corentin Charbonnier)

NOIRE: Tu es docteur en anthropologie, peux-tu expliquer ce qu’est cette science ?


CORENTIN CHARBONNIER: On va tenter de résumer ça bien, l’anthropologie fait partie des sciences sociales. Elle étudie les groupes sociaux sous différents prismes : famille, société, communauté, lieux ritualisés par exemple. Bref, je suis un peu OVNI, puisque je bifurque depuis quelques années en sciences de gestion et du management, mais je travaille toujours avec différentes disciplines, le Hellfest Lab, réalisé avec Cindy Pajot, la responsible RSO du Hellfest, en est le parfait exemple : nousc avons une équipe de sociologue et anthropologue avec Thomas Sigaud et Lise Bodin, une équipe de gestionnaires avec Emilie Ruiz et Romain Gandia, une recherche sur la santé desmusiciens avec Céleste Rousseau qui a fait son doctorat sur les risques musculo-squelettiques des musiciens, et enfin une équipe de recherche visuelle (assez proche de l’anthropologie visuelle) avec Lisa Brault à la photographie et Jérémy Jouaud et Gabriel Weyand à la vidéo.


Expo Diabolus in Musica - Philarmonie de Paris (Photo : Noire)
Expo Diabolus in Musica - Philarmonie de Paris (Photo : Noire)

NOIRE: Tu es également photographe de concerts. Comment as-tu commencé cette activité /

passion ?


CORENTIN CHARBONNIER: Dans le début des années 2000, j’étais déjà impliqué dans des médias locaux (radio du lycée, puis Radio Béton, puis Radio G Angers avant de retourner à Radio Béton). La promotion de la scène metal était très disparate entre la capitale et la province et je voulais documenter la scène, à la manière d’un anthropologue en herbe pour garder trace de ce qui se jouait, faisait...


D’un côté la photo est une passion que j’aime pour immortaliser un concert, capter le moment et l’essence d’une prestation pour la donner à voir ou à remémorer à des passionnés ou des novices, l’autre aspect est clairement plus lié à ma discipline première. Maintenant il y a une partie que j’expose selon les projets et besoins et l’autre que je travaille sur des projets différents (articles, publications universitaires). En fait, je pense qu’il est vraiment obligatoire de faire de la science avec et pour la société, on se retrouve à valoriser aussi une scène auprès d’un plus large public qui n’est pas forcément metalhead, à interroger des pratiques, des représentations.



NOIRE:Tu es passionné de metal. Qu’est-ce qui te plaît dans cette musique et quels sont tes

groupes préférés ?


CORENTIN CHARBONNIER: J’y ai plus ou moins consacré ma vie pro et perso… C’est une passion très exclusive, comme pour beaucoup de metalheads. Venant de la musique classique (harpe), je crois que ce qui me plaît c’est la diversité de la scène : tu peux y trouver du ultra violent, du ultra calme, du mélodique, du brutal, de la virtuosité… tout dépend de ce qui t’animes. De la même façon, il est extrêmement compliqué de dresser une liste des groupes préférés.


Ca va aller de Gaerea à Behemoth, en passant par Max Cavalera et tous ses projets, Septicflesh, Regarde Les Hommes Tomber, Heriot, Solstafir, Benighted, Wargasm et plus récemment Imminence et je peux aller chercher aussi du côté des prestations vocales de Rachel Aspe, Barbara Mogore, Cholé Trujillo sans oublier Clémentine Delauney, où les compositions d’Haggard, de Fleshgod Apocalypse, d’Heilung… le jeu de batterie de Franky Costanza, la virtuosité de Kirk Hammett, le jeu de basse de Robert Trujillo autant chez Infectious que Metallica


Bref, je ne vais pas y arriver sans me dire en me relisant, il manque celui-là ou celui-là, j’essaye de citer les plus connus aussi, mais il y aurait tellement à dire de nos scènes locales… Pour résumer je dirai que je peux être touché aussi bien par la composition que par l’intension émotionnelle d’une musique.


Max Cavalera (Photo : Corentin Charbonnier)
Max Cavalera (Photo : Corentin Charbonnier)

NOIRE: Tu as aussi réalisé des expositions, dont “Diabolus in Musica” qui était visible à la

Philarmonie de Paris en 2024. Comment organise-t-on de telles expositions?


CORENTIN CHARBONNIER: Et bien, déjà avec de la chance. Car en premier lieu c’est la Philharmonie de Paris qui m’a contacté et j’ai eu du mal à y coire. Dans un pays comme la France où le metal est encore stigmatisé et vu comme une “contre-culture” comme si on était encore en 1990, ça ne semblait pas inné de faire une expo de cette ampleur. Leur idée a été de me présenter Milan Garcin, docteur en histoire de l’art, qui avait déjà effectué une exposition à la Philharmonie. Ça a créé une hydre à 2 têtes particulièrement efficace !


On s’est super bien entendu, nos différences en fonction de nos appétences et compétences respectives sont devenues une force au service d’un projet. Une fois ce projet avancé et validé, globalement cela veut dire les sections, les oeuvres, les objets, les partis pris…la Philharmonie a lancé un appel pour trouver les scénographes. Nous avons eu la chance d’avoir l’équipe Clémence La Sagna et Achile Racine, qui ont proposé comme graphistes les Fortifem, que nous avions déjà shortlistés (et que je connaissais puisqu’ils avaient fait la couv d’un de mes livres en 2021). Après, la Philharmonie c’est toute une équipe derrière… notre cheffe de projet Julie Bénet, des personnes à la prod, à l’install à la conservation… un service éducation en or, un service édition, un service concerts…


Bref, c’est énorme et c’est très formateur : une aventure qui mériterait des pages entières. C’est à la fois une aventure sur du long terme où tu ne comptes pas tes heures et le projet d’une vie. Du moins ça l’a été pendant 2 ans, et maintenant il y a Rochefort. Merci à Marie-Pauline et Jade de nous avoir fait cette propal et de m’avoir présenté Milan. En plus nous avons eu la chance d’avoir l’une des bibles vivantes du metal comme conseiller scientifique : Christian Lamet.


Affiche de l'expo "Diabolus In Musica" (Førtifem)
Affiche de l'expo "Diabolus In Musica" (Førtifem)

NOIRE: Bientôt aura lieu une nouvelle exposition à Rochefort (17), intitulée “Tout n’est pas

sombre”. Cela se passera du 19 septembre 2026 au 2 janvier 2027 à la Corderie

Royale. Peux-tu nous en dire plus sur cet évènement ?


CORENTIN CHARBONNIER: En 2024, Olivier Desgranges, ancien directeur du réseau des médiathèques de Rochefort s’est rendu avec Christophe Pineau, responsable programmation des musiques actuelles à la Philharmonie. L’idée aurait été de faire venir une part de l’expo à Rochefort. Malheureusement les logiques économiques de la Philharmonie et Rochefort ne sont pas les mêmes et cela s’entend. Ils m’avaient contacté pour en échanger, du coup, le projet s’est transformé : réaliser un nouveau projet d’exposition inédit dans la médiathèque Erik Orsenna à la Corderie Royale de Rochefort.


Accompagné par Charlotte Couturier, responsable du pole développement culturel, et de Sébastien Dias, regisseur, pour moi c’est un nouvel enjeu, un nouveau pari, monter un projet, plus intimiste, mais tout aussi qualitatif, s’entourer d’une équipe, des partenariats, solliciter les artistes (graphiques et musiciens)… Bref, on ne repart pas de 0 car on a acquis des logiques et des compétences, et surtout des amis proches qui me suivent dans l’idée : Førtifem toujours au graphisme et aux conseils avisés, Milan Garcin, maintenantconservateur en Suisse (éxilé non fiscal) et Christian Lamet, de Hard Force, sont les conseillers scientifiques.


Travailler en équipe, avec des personnes fiables, professionnelles et en même temps assez proches pour me dire « tu déconnes Co’ » ou être force de proposition « tiens et si on faisait comme ça », ça n’a pas de prix. Je ne considère pas être la seule tête de ce projet, je considère que c’est une équipe voir une famille de dangereux lurons : t’as un binôme au graphisme qui est l’un des meilleurs au monde, t’as Milan qui a l’expérience et la connaissance muséale et du metal, et t’as Christian Lamet, une bible ambulante de connaissances et avec une expérience de la scène qui nous surplombe tous dans cette équipe (son média Hardforce fête ses 40 ans cette année).


Bref, on prend les mêmes, on recommence avec un nouveau projet. Alors bien sûr c’est différent, on a un lieu auquel il faut s’adapter, des contraintes, mais une liberté d’exercice qui fait autant plaisir qu’elle peut faire peur. Travaillant depuis un an sur le rapport à l’écologie dans le metal dans des recherches avec Emilie Ruiz, il m’a semblé évident que le rapport aux cycles de la vie était pertinent : y’a un côté anthropologique certain quand je parle d’état de nature ou de rite de mort. Bref, le sujet est passionnant et on va le montrer avec l’aide de dizaines d’artistes graphiques et de groupes qui ont joué le jeu et se sont adaptés pour en faire une expo unique. Et à l’heure où je t’écris, il y a encore des surprises dans les œuvres à exposer car nous avons des partenaires exceptionnels, qui ont accepté de me suivre (encore ou nouveaux) dans ce projets : 5BAM l’agence de management, HardForce le média historique, ESP – the marque de guitares, Distrolution Merch et Vortex Corner qui nous aident pour les impressions des supports et nous présenter certains de leurs artistes, et les festivals Hellfest, Motocultor et Firemaster Convention, 3 tailles, différents enjeux mais des partenaires de très longue date. C’est une vrai chance d’avoir pu fédérer autant d’acteurs, il fallait un projet avec des ambitions des envies des enjeux des idéaux et c’est une vraie marque de confiance. Je ne peux que les remercier.


Et à cela, t’ajoute les groupes et musiciens et les artistes graphiques, contactés en direct et qui ont participé, avec qui on s’est envoyé à gaver de colis pour l’expo (Nicolas, mon facteur, étant metalhead ça arrive parfaitement et on déballe souvent ensemble)… J’ai de la chance d’avoir ce réseau et leur soutien, après le but est de bâtir, je suis pas une structure où le projet est vague, on fédère car le projet est prévu, acté et avec un horizon qui se rapproche. Et puis, une expo, c’est une question de choix, de partis pris, qui ne peuvent satisfaire tout le monde, mais qui a pour but premier de mettre en avant les artistes et de faire du lien.


J’espère également qu’il pourra voyager, qu’il pourra être reproposé dans d’autres lieux en

France où à l’étranger, cela fait également parti de mes convictions, rendre la culture accessible au plus grand nombre et au plus près de chez eux !


Affiche Chelsea Wolfe (Vade Retro)
Affiche Chelsea Wolfe (Vade Retro)

NOIRE: Qu’est ce que tu souhaiterais dire à ceux/celles qui nous lisent pour qu’ils aient envie de venir à l’exposition ?


CORENTIN CHARBONNIER: Déjà, nous sommes dans la Corderie Royale de Rochefort, c’est un bâtiment historique magnifique, et singulariser le metal entre ses murs a un côté cathartique, je suis sûr que le décalage in / out vous plaira. Ensuite, venez voir ce que les artistes ont à proposer, on a un parcours avec plein de pépites : Eliran Kantor, Seth Siro Anton, Z.Bielak, Vaderetro, Vincent Fouquet, nos Førtifem, Vorace, Gabbie Burns, Dehn Sora, Kai Uwe Faust d’Heilung, des collabs photos/graphismes, Ester Segarra, des artistes telles que Gala Jenkins, Lucile Lejoly, Eva Hagen avec des designs qu’elles pourraient vous tatouer avec le même niveau de détail, des objets inédits, des instruments des reliques, des éléments rituels ! Je ne veux pas trop en dire et déjà c’est beaucoup. Il y aura un focus sur des familles d’artistes : Duplantier, Trujillo, Cavalera… que je tiens à remercier humblement de leur participation. Enfin, on est en train de travailler la mise en scène pour sublimer les tirages photo de Lisa Brault, dont les portraits d’artistes sont aussi forts visuellement que touchants.


Je ne peux pas citer tout le monde et j’ai honte car il faut “faire des choix” ici, et aussi vous laisser la surprise de ce que vous y trouverez et peut être de ce que vous auriez voulu y trouver, c’est un enjeu aussi de place, de taille. C’est comme un festival, tu fais en fonction des artistes disponibles, de ton budget et de tes valeurs, de ce que tu veux défendre. L’expo permettra de découvrir la diversité de la scène metal, dans ses genres musicaux, esthétiques, et artistes eux-mêmes.


On aura des artistes institués avec plus de 20 ans de carrière jusqu’à des artistes qui sont beaucoup plus jeunes dans leurs pratiques. En les faisant rentrer dans une expo, on a également le rôle de vouloir soutenir les artistes, leur offrir un espace de valorisation. Venez voir, échanger, discuter, partager vos ressentis, vos retours, remercier cette agglomération qui s’est engagée en commandant une expo d’envergure dans une période où la culture n’est pas toujours pensée comme une priorité. Et, en passant à l’exposition, profitez pour visiter notre territoire d’accueil de Rochefort et son agglomération, riche de patrimoine et d’histoire.



Affiche de l'expo Tout n'est pas sombre
Affiche de l'expo Tout n'est pas sombre


 
 
 

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